Critique Le Procès d’une vie

Mise en scène Barbara Lamballais

Le Procès d'une vie Photo Simon Gosselin
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Au Théâtre du Splendid, Le Procès d’une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa plonge le public au cœur d’un combat crucial pour le droit à l’avortement. Le Procès de Bobigny retrouve force et vigueur. Standing ovation pour la première parisienne du spectacle.

Le Procès d’une vie : le procès d’une loi

5 avril 1971. Paris. Assemblée générale des femmes. Sur le rideau rouge du Théâtre du Spendid, l’inscription pose la date et le lieu, pendant que les spectateurs s’installent. En voix off, des témoignages assourdis se font entendre. Les actrices arpentent les travées de la salle qui devient bientôt une véritable assemblée générale. Celle-ci fait suite au Manifeste des 343 paru dans Le Nouvel Observateur. La liste de 343 Françaises, connues ou inconnues, qui ont eu le courage de signer le Manifeste « Je me suis fait avorter » vient de faire la Une du journal. L’avortement, depuis une loi de 1920, était un crime, passible de prison. L’hypocrisie de la société condamnait des milliers de femmes à l’avortement clandestin dans des conditions désastreuses. Des centaines mouraient ou restaient atrocement mutilées.

Le Procès d’une vie de Barbara Lamballais et Karina Testa nous embarque dès les premiers instants. Dans la salle, Simone de Beauvoir (Jeanne Arènes) et Gisèle Halimi ( Clotilde Daniault) sont là. Dans la foule du public présent, des anonymes les apostrophent. L’ambiance est celle d’une assemblée générale, fiévreuse, chaotique, terriblement vivante. Le public, partie prenante de l’action, participe. On applaudit les prises de paroles. On rit de cette complicité joyeuse. Quand le jeu se déplace sur le plateau, la vivacité ne faiblit pas.

L’histoire de Marie-Claire Chevalier, seize ans, enceinte à la suite d’un viol, se mêle à celle de Gisèle Halimi, avocate infatigable, stratège brillante, militante des premières heures. Autour de l’adolescente gravitent des femmes ordinaires, dissemblables, aux convictions opposées, mais unies par l’urgence d’éviter le pire. La pièce embrasse leurs trajectoires croisées sans jamais perdre le fil, glissant de l’intime au politique avec une fluidité alerte. Jusqu’au moment charnière : le procès de Bobigny que Gisèle Halimi transforme en tribune et en piège tendu à une loi inique.

Un choeur vibrant 

La mise en scène dynamique de Barbara Lamballais refuse la solennité figée du théâtre à thèse. Les scènes s’enchaînent avec entrain. Les actrices changent de rôle à vue. Les espaces ne cessent de se recomposer. Par le jeu de panneaux coulissants, le plateau devient salon, cuisine, wagon de métro, chambre ou tribunal. Cette mobilité constante épouse la logique du combat. Rien n’est stable, tout peut basculer. La surface réfléchissante des panneaux multiplie la silhouette des personnages sur scène. Une façon de faire exister intelligemment, en miroir, les centaines de femmes qui tombent aussi sous le coup de la loi. La fiction s’autorise des échappées, parfois par le rire, mais toujours au service d’un même mouvement : faire entendre, coûte que coûte, des voix longtemps confisquées.

Le charme du spectacle tient à la manière dont la pièce fabrique du collectif sans lisser les aspérités. Chacune des figures convoquée sur scène arrive avec ses croyances, ses idéaux, ses peurs, ses renoncements, parfois ses contradictions. Et pourtant, quelque chose entre ces femmes se met en marche. Les images d’archives, projetées à un moment sur scène, témoigne de ce mouvement exaltant.

La distribution, impressionnante de justesse et de naturel, compose un chœur vibrant. Clotilde Daniault restitue avec dignité l’engagement de Gisèle Halimi. Jeanne Arènes, souvent irrésistible, traverse les personnages qu’elle interprète avec une virtuosité déconcertante. Maud Forget, Céline Toutain, Karina Testa, Déborah Grall et Julien Urrutia incarnent la complexité d’un monde où l’on peut être croyante et solidaire, victime et accusée, lâche un jour et courageuse le lendemain. Lorsque la salle se lève, elle applaudit une réussite théâtrale. Elle salue également un appel à la vigilance. Si l’issue du procès est connue, la fragilité des droits, elle, ne doit pas être oubliée. .

 

Le Procès d’une vie, mis en scène par Barbara Lamballais, profondément incarné, rappelle, avec force et intelligence, que certaines luttes doivent rester vivantes.

L’avis de M La Scène : MMMMM


Le Procès d’une vie

Le Splendid

Du 14 janvier au 31 mai 2026

    • Une pièce de : Barbara Lamballais et Karina Testa.
    • Mise en scène : Barbara Lamballais.
      assistée de Armance Galpin
    • Jeanne Arènes , Clotilde Daniault, Maud Forget, Déborah Grall , Karina Testa, Céline Toutain, Julien Urrutia.
    • Scénographie : Antoine Milian.
    • Lumières : Rémi Saintot.
    • Son : Benjamin Ribolet.
    • Costumes : Marion Rebmann.
    • Perruques : Julie Poulain.T
    • exte Lauréat de l’Aide à la Création ARTCENA – Œuvre librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et de “Le procès de Bobigny – Choisir la cause des femmes” © EDITIONS GALLIMARD

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