La Mouette mise en scène Thibault Perrenoud / Kobal’t

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LM M La Mouette mise en scène Thibault Perrenoud

Une Mouette si quotidienne

Au Théâtre de la Bastille, Thibault Perrenoud/ Cie Kobal’t opte pour une scénographie qui implique le spectateur. La disposition frontale qui l’isolerait de la scène a été abandonnée au profit d’une structuration quadri-frontale qui place les acteurs au centre des regards. Chaque petit gradin plonge sur un plateau réduit mais l’espace de jeu se prolonge dans le hors-scène ( gradins, travées, coulisses). Au plus près de ce qui se joue, le spectateur est sollicité par son implication physique au côté des acteurs, par des gestes, par des adresses qui lui sont faites, parfois même par des sensations olfactives – à l’acte II, dans la scène au bord du lac, l’instituteur Medvédenko, en bougonnant, fait griller des poivrons sur un barbecue à cour. Le dispositif séduit. Thibault Perrenoud  joue sur le centre et le décentrement.

S’il s’agit d’une Mouette d’après Tchékhov, le questionnement sur le théâtre demeure. Le chœur grec est convoqué dans la tirade de Nina comme un appel aux origines puissances d’une parole qui jaillirait de la terre. L’incantation tragique émerge lentement comme l’actrice des profondeurs d’un amas de sable, sable qui deviendra dans la scène suivante, la plage riante au bord du lac baignée par « les reflets du soleil » où les comédiens en maillot s’allongeront. Le propos désabusé tchekovien sur les relations humaines n’a rien perdu de sa force mais la scénographie l’inscrit volontairement dans une proximité qui interroge notre quotidien.

« la Mouette » © Clément Camar-Mercier

Une Mouette trop quotidienne

Cependant, il faut bien le reconnaître, quand la pièce glisse vers ses aspects les plus shakespeariens, cette quotidienneté échoue à en porter les sourds échos. La scène de retrouvailles entre Treplev et Nina ne parvient pas à émouvoir. Mathieu Boisliveau défend certes son personnage avec intensité mais Chloé Chevalier reste dans un jeu trop appliqué pour qu’on cesse de la voir interpréter les fêlures de Nina. Mais peut-être étais-je encore marquée par La Mouette montée par Ostermeier à L’Odéon dans laquelle Mélodie Richard parvenait à faire affleurer comme malgré elle sous nos yeux étonnés cette intériorité fragile qui bouleverse…

http://www.theatre-bastille.com/

 

 

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